+++CHRONIQUE+++
Ce n'était
pas faute de l'avoir annoncé : « Rabbittrap
contient ce que Government a fait jusqu'ici de plus sombre, de plus
désespéré, de plus expressionniste mais aussi de
plus mélodique. » disait le communiqué
londonien lors de l'envoi des pistes finales. « Il
reste plein de détails à modifier mais si on continue,
on ne s'arrêtera jamais. »
Ça commence sur
un clin d’œil direct à Shit & Shine, dont Vik
et Emma se sont toujours réclamés, un morceau
nommé Enjo Kosai qui commence par une incantation de
voix sépulcrales et se poursuit sur un riff de basse énorme
martelé par une batterie orageuse, avec un interlude dance
absurde qui témoigne de l'humour à froid du duo « C'est
aussi une référence à Love & Pop de
Murakami, mais je crois que le résultat
n'a rien à voir avec le roman. » précise
Töhr. L'ensemble est déjà un des sommets du
couple.
Adelaïde
tire dans une autre direction pour une structure qui s'apparenterait
presque -pour leurs standards- à une chanson. On entend du
piano, de l'orgue, de la harpe, un homme qui crie, des oiseaux, une
pléthore d'effets électroniques mais aussi un orgasme
et une finale apocalyptique dans une centrifugeuse nucléaire.
Araki Molotov
évoque le fait divers de l'exposition Nobuyoshi Araki
au Musée de la Photographie de Charleroi voilà quelques
années : « un citoyen mécontent avait
incendié l'affiche de l'exposition avec un cocktail molotov »
rappelle Emma Newell. Une sorte de thriller auditif, avec
marche mystérieuse dans la fôret, trois notes de clavier
à la Carpenter de The Thing. Le canon de
Pachebel versus un beat dubstep fait ensuite place à une
distorsion qui s'achève dans un feu de forêt.
Le programme de
déconstruction continue avec I'm a Full Fuckin' Superband
on my own qui sample le Mystère des Voix Bulgares et le
Sacre du Printemps, brisé par un intermède disco
risible puis dérivé de nouveau vers un riff de guitare
avec batterie martellée.
Keep
It Laika, Secret, autre pic
technique de composition du duo, se partage en un breakbeat fracturé
sur une série de samples incluant ondes radios, craquements de
vynile, répétition d'orchestre et soudure à
l'arc électrique. On est plus proche de la musique concrète
que du rock.
Like
Thousand, dernier baroud d'honneur, est une suite
post-psychédélique nettement scindée en deux,
qui paye son tribut à des groupes comme Chrome ou Butthole
Surfers dans une cosmogonie industrielle et cacophonique (on entend
les coqs chanter au matin du monde, au milieu des synthés et
d'un beat dance). La deuxième partie reprend le thème
avec plus d'emphase et le propulse à un stade de confusion peu
atteint jusqu'à lors.
Pour surprendre,
étonner, déconcerter, l'album comporte aussi une série
de pistes courtes, flirtant avec le dub ou le métal, ou encore
la mini-symphonie Rabbits, qui change presque de genre toutes
les deux mesures.
Au-delà
des divergences et lignes fuyantes, Rabbittrap est une déclaration
d'une tragique sincérité sur la part d'autodestruction
qui réside dans la création, les tensions et paradoxes
ayant été intégrés dans le mix final.
« On n'a pas de méthode, c'est ça le plus
tragique peut-être. Enjo Kosai était bouclé
en 3 heures, alors que les ajouts de pistes et le mixage de Like
Thousand a pris presque deux semaines. » Chez
Government, la vie privée et la création artistique
sont si intimement mêlés que bien malin celui qui
parviendra à démêler l'un de l'autre.
+++CREDITS+++
Government = Vik
Töhr : gtrs, drums, some electronics + Emma Newell : keyboards,
bass, samples, electronics
All selections
were conceived+recorded by Vik Töhr/Emma Newell at The Squat,
Liège.
Mixed and
mastered by Bleeds at The Squat, assisted by Emma.
Sessions :
summer 2009 – apr./june 2010 – oct./nov. 2010 – jan./april 2011
Tracklist :
1. Enjo
Kosai
2. Adelaïde
3. Araki
Molotov
4. I'm a
Full Fuckin' Superband on my own
5. Both
ends have wings, Cyprine
6. Keep it
Laïka, Secret
7. Go!
Waste
8. Lucy
Gordon Dub
9. Drake
Late Swimmer
10. The
Morning of Tomorrow
11. Prefect
Manufactory
12. Rabbits
part I-IV
13. Like
Thousand
14.
Pyrotechnics